Le Rwanda
Le Rwanda a été le lieu où les pires évènements ont étés conjugués pour donner lieu à un des massacres les plus meurtriers du siècle dernier.
A: Avant le génocide
1: L'entente ethnique:
Depuis toujours, Hutus et Tutsis ne s'entendent pas et ne peuvent pas cohabiter. Ces séparations en deux ethnies bien distinctes remonte bien avant la colonisation du pays. Les Hutus (artisans) ont toujours étés moins nombreux et puissants que les Tutsis (paysans). Auparavant le Mwami (chef de clan) des Tutsis fut proclamé roi du Rwanda. En arrivant dans le pays, les colonisateurs Belges et Allemands furent surpris de l'organisation de cet état. Ils placèrent les Tutsis à des postes plus hauts que les Hutus, les Tutsis étants plus grands, plus clairs de peau, plus beaux, ce qui les rendrait plus aptes à diriger
Les colons firent bientôt une grande différence entre les deux clans "ennemis". Cette distinction, au départ socio-professionnelle et politique entre Hutu et Tutsi, devint raciale et politique dans l'organisation coloniale de la société. L'accès aux avantages, à l'enseignement, aux postes administratifs fut réservé prioritairement aux Tutsi. Peu à peu, les différenciations basées sur de prétendues analyses raciales rationnelles furent intégrées par les populations. Les termes de «Hutu» (roturier) et de «Tutsi» (noblesse) furent alors considérés comme référence identitaire essentielle par les Rwandais.
Les Tutsi, érigés par le colonisateur en « caste » dominante, furent de plus en plus dénoncés par la majorité Hutu à partir des années cinquante. Dans un texte publié le 24Mars 1957, le Manifeste des Bahutu, neuf intellectuels Hutu cristallisèrent cet antagonisme. Puis, en 1959, la revendication d'indépendance des Tutsi incita les Belges à renverser leur alliance au profit des Hutu, ce qui entraîna la chute de la royauté tutsi et la prise du pouvoir par les Hutu au sein d'une république ethnique. Il s'ensuivit une vague d'émeutes et de qui entraîna en exil des milliers de Tutsi.
Après cet exil, lié a un abandon de colonie, les relations entre Hutus et Tutsis ont été tendues. Mais avant de passer au faits intéressons nous à la Politique du Rwanda.
2: Le système politique Rwandais.
Le Rwanda a connu de nombreuses formes de "gouvernements" qui ont marqués chacun leur tour l'histoire de ce pays.
-Vers le Xe siècle le Rwanda commence à se transformer en une véritable nation.Pour les Pères Blancs le Rwanda était divisé, jusqu'à l'arrivée des premiers colons, en quatre groupes :
Cette conception ethniste est aujourd'hui remise en cause au profit de la conception socio-professionnelle. L'ensemble de la population partage la même langue, la même religion et la même culture, critères employés habituellement pour définir l'ethnie. Les catégories hutu (agriculteurs), tutsi (éleveurs), twa (chasseurs cueillette) n'étaient pas figées et il était fréquent de passer d'une classe à l'autre selon les mariages ou la richesse. En kinyarwanda , kwituhura signifie à la fois devenir tutsi et s'enrichir.
-Après cette période monarchique dominée en majeure partie par les Tutsis, le pays n'a pas échappé à la vague de colonisation qui à touché l'Afrique aux XIXème et XX siècle. Les colons Allemands colonisent cette terre qui est une des seule d'Afrique à être encore non colonisée. Ces envahisseurs européens sont chassées quelques années plus tard par d'autres blancs : les Belges. Ces colons appuient leurs pouvoirs sur les Tutsis : race dominante jusque là. Dans les années 50 un Mwami revendique son indépendance auprès de L'ONU. C'est également dans les années cinquante que la question de « l'ethnie », est devenue « raciale ».
-Les colons Belges décidèrent après certains évènements politiques au Rwanda, de laisser son indépendance à ce territoire le 1er Juillet 1962. Le pays enfin libre, les Hutus prennent leur revanche sur les Tutsis. Ils les chassent du pays et instaurent coup sur coup deux républiques Hutu. Elles se démocratisent à la fin des années 80.
B: Le génocide:
1: Chronologie :
6 avril 1994 : Les présidents rwandais et burundais, Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira, meurent lorsque l'avion dans lequel ils prenaient place est abattu par des missiles.
7 avril 1994 : Date marquant le début du génocide par des extrémiste Hutus: pendant trois mois, 800 000 Tutsis et Hutus modérés sont massacrés.
8 avril 1994 : Offensive majeure lancée par le FPR dans le but de s'emparer la capitale.
21 avril 1994 : Le Conseil de sécurité des Nations unies prend la décision de retirer la majeure partie de la Minuar après que 10 Casques bleus belges aient perdus la vie. Cette force de maintien de la paix perd 90% de sa puissance alors qu'elle passe de 2500 à 250 hommes.
30 avril 1994 : Pendant 8 heures continues, le Conseil de sécurité des Nations unies discute de la crise rwandaise. Puisque la résolution qui condamne les massacres omet d’utiliser le terme génocide, l’ONU n'intervient pas, puisqu'elle en n'a pas l'obligation.
22 juin 1994 : Avec l'autorisation de l'ONU, la France lance l'opération Turquoise: des soldats français arrivent dans le sud-ouest du Rwanda pour établir une zone humanitaire sécuritaire pour les réfugiés. Pourtant, les massacres de Tutsis continuent, même dans la « zone de sécurité ».
4 juillet 1994 : Prise de contrôle de la capitale par le FPR: quinze jours plus tard, il forme un gouvernement d'unité nationale. Pasteur Bizimungu, un Hutu du FPR, devient alors chef de l'État.
En juillet 1994, le FPR marche sur Kigali. Le gouvernement hutu est chassé du pouvoir. Leaders et exécutants fuient au Zaïre. Paul Kagame, qui sera plus tard élu chef de l'État, installe un gouvernement d'unité nationale. C'était la fin du génocide.
2: La barbarie du génocide:
6 avril 1994, 20 heures. Jour funeste au Rwanda annonçant le début de l’un des moments les plus noirs de notre ère.
Le président Junéval Habyarima est assassiné par des tirs de roquettes d’origines inconnus sur son avion. L’avion s’écrase , personne ne survit. C’est l’étincelle qui a mis le feu au poudre. Dès le lendemain, des nombreuses personnalités sont assassinées ; dont le premier ministre hutue. L’invasion des interahamwe, la milice hutue du président Junéval, envahit la capitale, c’est le début des massacres des tutsies.
Mais d’où vient la rancœur antre Hutu et Tutsie ? Pourquoi ce génocide ?
Pour les tutsis, les Hutus ont profité de l’assassinat du Président pour déclencher le massacre, et ce simplement car ces derniers seraient jaloux des Tutsis, à cause de leur prestance, ainsi que pour voler leur richesse. Certains Tutsis ont par la suite déclaré que ce massacre était dû au diable, suite à une absence prolongé de Dieu, d’autres que c’est la vrai nature des humains qui est apparut.
Pendant trois mois, la Radio Télévision Libre des Milles Collines encourage et guide jour après jour, heure par heure le génocide, dénonçant les Tutsi encore vivants à tel ou tel endroit. Les milices Interahamwe (issue du MRND, le parti présidentiel Hutu) et Impuzamugambi (issue de la Coalition pour la Défense de la République, organisation extrémiste composée de durs du régime Habyarimana), exécutent ce qu'elles appellent « le travail », parfois assistées par les FAR. Le « travail » consiste pour les extrémistes hutu à massacrer à travers tout le pays les Tutsi, ainsi que certains Hutu modérés réputés hostiles à ce projet et considérés comme des « traîtres ». La population utilise essentiellement des Machettes, des houes et des gourdins cloutés.
Des barrières sont montées sur toutes les routes du Rwanda pour arrêter les fuyards qui sont massacrés sur place. Généralement les autorités locales, parfois sous la pression de hiérarchies parallèles organisées par les préfets, prétextent la mise en sécurité des Tutsi pour les regrouper dans des lieux publics comme les stades, les bâtiments communaux, les écoles et les églises. Ensuite des groupes de miliciens achèvent les personnes, parfois précédés par les FAR qui commencent « le travail » avec des armements adaptés, des grenades notamment. Enfin les maisons de Tutsi sont systématiquement visitées par les miliciens pour sortir ceux qui s'y cachent et les massacrer.
Les massacres atteindront des sommets dans l'horreur. L'ampleur du massacre (en trois mois, 1 million de personnes sont tuées selon les autorités rwandaises après recensement, 800 000 selon l'ONU et l'OUA), sa cruauté (des femmes enceintes sont éventrées pour tuer les fœtus, la violence sexuelle est fréquemment employée, des tueries ont lieu au sein de familles mixtes, le sadisme se manifeste dans de nombreux cas) et le nombre d'exécutants en font un des évènements les plus atroces du xxe siècle.
À Butare, le seul préfet tutsi du Rwanda essaye de lutter contre le développement du génocide dans sa région. Il est destitué le 17 avril 1994. Le génocide démarre vraiment ensuite. Le 19 avril 1994 le Président du Gouvernement intérimaire vient sur place soutenir les autorités locales et la population par un appel « au travail ».
Dans la région de Kibuyele massif montagneux de Bisesero, lieu réputé pour leur résistance à d'autres périodes, des Tutsi se sont regroupés et ont tenté de résister aux autorités locales et aux miliciens en se battant avec des armes qu'ils leur prenaient. 65 000 Tutsi y sont enterrés dans un mémorial. 800 survivants ont été dénombrés par les soldats de l'opération turquoise.
Le 30 avril 1994, le bureau politique du Front patriotique rwandais publie un communiqué selon lequel le génocide est presque terminé. Il « appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à ne pas autoriser le déploiement de la force proposée, parce que l'intervention des Nations unies à ce stade ne peut plus servir un quelconque but en ce qui concerne l'arrêt des massacres ». Les massacres ne cesseront complètement que courant juillet, mais on estime que 80 % des massacres étaient accomplis à la mi-mai.
Le génocide se déroule sur fond de guerre civile. Les FAR (Forces armées rwandaises, c’est-à-dire l'armée régulière rwandaise) combattent le FPR (Front patriotique rwandais, composé de Tutsi exilés et de quelques opposants hutu au régime Habyarimana, qui ont attaqué le Rwanda depuis l'Ouganda à partir de 1990).
3: Position des puissances:
Il apparait que plusieurs États, en général à travers l'ONU, dont la France, particulièrement impliquée au Rwanda, ne semblent pas avoir su ou voulu adapter leurs actions en distinguant bien les massacres génocidaires de la guerre civile. Les États-Unis, marqués par le fiasco somalien récent, et l'ensemble du Conseil de sécurité des Nations unies refusèrent de qualifier à temps les massacres de génocide, ce qui empêcha de faire jouer la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide qui obligeait les États signataires à intervenir. On emploie des périphrases comme « actes de génocide ». Toutes les pressions exercées sur les belligérants mirent sur le même plan l'arrêt des massacres et l'arrêt des combats entre le FPR et les FAR (Forces Armées Rwandaises). L'objectif était d'obtenir un cessez-le-feu et d'arrêter les massacres.
Pendant toute la durée du génocide, le général Roméo Dallaire est tenu par le DOMP, service du maintien de la Paix de l'ONU, de ne pas laisser la MINUAR intervenir par les armes pour empêcher les massacres et de tenter d'obtenir un cessez-le-feu entre le FPR et les FAR et un arrêt des massacres43. Il avait déjà tenté, sans succès, d'obtenir des Nations unies l'autorisation de procéder à la saisie des caches d'armes en janvier 1994. Devant cette inaction de l'ONU, le général Dallaire n'avait aucune marge de manœuvre pour tenter de protéger le peuple rwandais. Après l'assassinat de dix casques bleux belges et devant le refus du Conseil de sécurité de l'ONU de renforcer immédiatement la MINUAR, la Belgique décida de retirer ses soldats, qui constituaient la colonne vertébrale et la moitié des effectifs de la mission. Le 21 avril 1994, le Conseil de sécurité entérine la décision belge et réduit les effectifs de la MINUAR à 270 observateurs, soit 10 % de ce qu'elle était sur le terrain et 5 % de ce qui avait été prévu initialement44.
Mais à partir de la deuxième quinzaine de mai 1994, devant la gravité de la situation, elle met sur pied la MINUAR 2 qui se révèle dans l'impossibilité d'intervenir immédiatement. Devant ce retard, la France obtient des Nations unies l'organisation de l’opération Turquoise du 22 juin au 22 août 1994, date prévue de déploiement de la MINUAR 2. Elle obtient ensuite la création, dans le sud-ouest du Rwanda, d'une « zone humanitaire sûre » (ZHS), le 4 juillet 1994, après quelques accrochages avec le FPR. Cette opération française donna lieu à de vives controverses à travers le monde.
Le 17 juillet 1994, un convoi des FAR s'arrête dans une villa de Cyangugu, dans le sud de la ZHS contrôlée par les Français. Le commandant du secteur, le lieutenant-colonel Jacques Hogard, s'assure de l'identité des membres du convois, avec un groupe de commandos du 2e REP, et identifie deux génocidaires : le président de la République,Théodore Sindikubwabo , et le ministre des Affaires étrangères,Jérôme Bicamumpaka. Bien que la Convention de l'ONU sur le génocide permît leur arrestation, les militaires français leur donnent 24 heures pour « foutre le camp », et demande des ordres à Paris. Le lendemain, les ordres tombent, mais le convoi d'une centaine de personnes est déjà passé au Zaïre45.
De plus, les militaires français ont localisé la Radio Mille Collines, qui appelait aux massacres, mais Paris leur a ordonné de ne rien faire.
C: Après le génocide :
Plusieurs rescapés de la diaspora rwandaise ont exprimé dans leurs livres la douleur et le traumatisme des rescapés. Leurs témoignages rappellent ceux de la Shoah au niveau psychologique. Jean Hatzfeld a décrit dans trois livres les conséquences vécues par la population rwandaise. La vie des rescapés, puis celle des tueurs qui montrent à quel point le travail génocidaire était vécu et organisé comme une sorte de service public, doublé de pillages et de répartition des butins. Enfin il a montré la difficulté de cohabiter à nouveau après le génocide entre tueurs et rescapés, la façon dont la volonté politique de réconciliation est ressentie par les uns et les autres.
Le génocide eut d'autres conséquences souvent mieux connues :
À la fin du génocide, à partir de la deuxième quinzaine de juillet 1994, une épidémie de choléra éclate dans les camps de réfugiés hutu au Zaïre. Cet épisode, qui a été fortement médiatisé, a souvent été confondu avec le génocide et l'a même en grande partie occultée. Il a occupé une grande part de l'énergie des soldats de l'opération Turquoise.
Des éléments des forces génocidaires ont mené au Rwanda des incursions post-génocidaires avec les mêmes méthodes sanguinaires, de 1994 à 1996. La majorité des réfugiés hutu sont rentrés par vagues successives au Rwanda à partir de 1996. Une partie des FAR rentrée au Rwanda a été réintégrée dans l'APR (Armée patriotique rwandaise), les nouvelles forces gouvernementales rwandaises.
Mais un noyau dur d'anciens miliciens et soldats des FAR est restée au Zaïre. Dix ans après le génocide, les affrontements entre les forces génocidaires et le FPR au Zaïre constituent encore un des facteurs de l'instabilité de la République démocratique du Congo. Selon les gouvernements du Rwanda et du Burundi, les extrémistes hutu restent une menace permanente et justifient des interventions déstabilisatrices et souvent meurtrières vivement dénoncées par la RDC.
Ces interventions s'inscrivent dans la première guerre du Congo et la deuxième guerre du Congo dans laquelle une dizaine de pays africains se sont impliqués et qui ont coûté la vie d'au moins 3 à 4 millions de Congolais.
En 1996-1997 de nombreux réfugiés civils hutu, poursuivis dans les forêts du Congo, ont trouvé la mort, soit d'épuisement, de famine ou d'absence de soins et d'isolement dans la forêt zaïroise, soit massacrés par les forces alliées (armées du Rwanda, l'APR, et de l'Ouganda, et rebelles zaïrois.
Cette coalition a renversé le président du Zaïre Mobutu Sese Seko et porté Laurent Désiré Kabila à la tête de la nouvelle République démocratique du Congo en 1997.
Les FDLR, qui regroupent une partie des anciennes forces génocidaires, ont accepté d'être désarmées début avril 2005 et de rentrer au Rwanda.
Le FPR est accusé par les opposants et dissidents rwandais, par le groupe d'expert de l'ONU chargé d'étudier cette question, l'ancien ministre congolais d'utiliser la présence d'anciens génocidaires en RDC comme prétexte au pillage de cette région, se mêlant ainsi au nombreux autres pays limitrophes et entreprises multinationales qui pillent la RDC.
Par ailleurs, le gouvernement rwandais, estimant que la France refusait de reconnaître ses responsabilités dans le génocide, a rompu ses relations diplomatiques avec ce pays le 24 novembre 2006, suite à la recommandation du juge Jean-Louis Bruguière de poursuivre le président Paul Kagame devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour sa « participation présumée » à l'attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, et a mis en place une commission d'enquête.